Polychromie
Lever le voile sur la restitution virtuelle de la polychromie des portails de Notre-Dame d’Amiens revient à parler des exceptionnels moyens techniques
mis en oeuvre.
Ils s’inscrivent dans la continuité de l’invention de la lanterne magique et du cinématographe, puisqu’il s’agit de projections d’images dont l’architecture etla sculpture de la cathédrale sont les écrans.
Chaque portail est photographié par moitié, verticalement, chaque cliché étant traité en numérique.
L’informatique permet de corriger les déformations optiques, de coloriser les plus petits éléments de la sculpture et de retravailler les reliefs en jouant sur les ombres.
Pour la façade, divisée horizontalement en une partie haute et une partie basse, la lumière doit atteindre les tours dont la plus haute culmine à 65 m de hauteur.
Les films sont proches du traditionnel ektachrome. Ils sont projetés grâce à des lampes et des lentilles de forte puissance, dont la position doit correspondre à l’axe des prises de vues photographiques.
Les questions liées à la luminosité comme à la netteté des portails, ainsi qu’à l’éclat et à la saturation de couleurs, sont chaque jour au centre des préoccupations des régisseurs.
Il leur faut toujours obtenir une parfaite juxtaposition des images avec le relief des sculptures. Pari difficile quand on sait que la durée de vie des films est limitée et que les variations de température peuvent occasionner des déformations.
Au total, 9 projecteurs sont nécessaires au spectacle, dont 6 pour les portails, 2 pour la façade plus celui placé dans la cathédrale pour éclairer la rose. Ils sont répartis dans 5 cabines de projection créées spécialement pour le parvis de la cathédrale d’Amiens.
Le rythme des animations sur la façade contraste avec les images fixes des portails, seules parties sur lesquels les restaurateurs ont retrouvé des vestiges de couleur.
L’environnement sonore est piloté en régie par un programme informatique global, synchronisé avec le déplacement des films.

Quelle signification peut-on trouver à cette peinture ressurgie du passé ? La simple nécessité de protéger la pierre, le désir d’unifier les éléments ou le besoin de masquer les imperfections sont autant de motifs envisageables. Pourtant, le souhait de souligner le relief des drapés, d’affirmer le modelé des corps et d’accroître la puissance narrative de la sculpture semblent plus vraisemblables. La couleur trouve ainsi son véritable sens dans la volonté de mise en lumière des figures ainsi reliées entre elles. A l’instar de la peinture de chevalet, elle procède d’une stratégie de mise en scène, elle aide à discerner les personnages, enrichissant aussi leurs expressions. Elle rend plus accessible le message des trois portails.
Les pigments d’origine minérale, végétale ou animale sont posés sur un enduit de préparation fait de blanc de céruse. Le bleu du lapis-lazuli triomphe dans la parure de la Vierge, Reine du Ciel. La noix de galle rehausse de noir les pupilles, les cernes. La garance illumine le manteau du Beau Dieu et les ors scintillent dans les nimbes.
A Amiens, au XIIIe siècle, la couleur règne au pays de l’or bleu. De la prospérité économique venue de la culture de la waide, la plante tinctoriale qui fait la
fortune de la ville, au génie artistique des bâtisseurs, des sculpteurs et des peintres, tout ici manifeste une somptueuse continuité.
 
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